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: PORTRAIT DE L’ARTISTE EN GENTILHOMME : J’ai interrompu ma carrière de peintre en 1991, après une dernière exposition, pour me remettre à l’écriture, comme je l’avais fait dans ma jeunesse. J’ai publié un roman et un recueil de poèmes, ainsi qu’une biographie d’artiste et divers travaux alimentaires. Ce n’est pas beaucoup en dix ans mais j’ai l’avantage d’avoir entretenu ma joie et ma force, ce qui m’aurait manqué si je m’étais préoccupé de la fuite du temps et si l’impatience avait gâché ma créativité. : J’ai acheté un ordinateur en 2000, craignant de ne jamais pouvoir devenir assez qualifié pour accéder, grâce à cet outil, au vieux rêve de composer des images pareilles à celles que je peignais ou dont j’alimentais mes poèmes. En fait, à force de lire des manuels et de chercher à pénétrer les possibilités des logiciels par des explorations, je crois être parvenu à une certaine technique qui me permet de traduire le monde qui m’habite, en bricolant des photos et des documents afin de dépasser le réel grâce à un graphisme personnel. : Je compose des dossiers que je pourrais intituler globalement « Le monde à l’enfer », en cherchant à décrire par des images les peurs et les souffrances de ce nouveau siècle, ainsi que l’espoir de recevoir l’aide de quelques figures mythiques universelles, afin que l’esprit vive. : Nous vivons en Occident la fin d’un monde, de sa culture et de son humanisme issus de la Renaissance. L’idéal de l’honnête homme est détruit par le cynisme et le mercantilisme. Le plaisir épidermique est un coma hystérique vendu comme un produit de défonce, la jouissance le summum du cauchemar en kit, à bricoler selon le mode d’emploi des magazines, et l’existence une ambition imbécile de beauté et de durée, pendant que la misère, la mort, le désespoir rôdent autour de la scène d’où les valets du capital les chassent pour ne pas salir le programme. Ces tragédies s’accomplissent sous le regard consterné des dieux et la compassion impuissante de leurs messagers. On n’ose pas l’avouer mais on attend l’Apocalypse ou le sang neuf des Barbares, pour nous sauver de la médiocrité. : Je n’ai aucune illusion sur l’abîme. Mon seul espoir concerne l’individu, capable par ses valeurs spirituelles de sauver son âme et de s’accomplir dans le monde de la noosphère. J’ai plus de colère que de chagrin, et plus de chagrin que de regrets. : Quant à ma vie professionnelle, la liste de mes petits exploits ne m’apporte aucune vanité et mon quotidien privé est si banal qu’aucune révélation ne surprendrait. Il ne me vient donc pas à l’idée d’ennuyer les autres avec les détails de mon existence et je ne présente ordinairement qu’un curriculum vitae succinct ou pas du tout. : Je dois les plus belles et riches émotions de ma vie à ces personnes irremplaçables que sont les artistes. C’est ma curiosité, mon amour pour leur travail et leurs projets qui me gardent de toute amertume. Je ne les considère pas comme des confrères mais comme des frères et sœurs dont l’existence est la manifestation de plus haut désir des dieux, celui de créer des êtres capables à leur tour de créer. : charles pascarel |
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